Ustaza à Paris

L'Agenda culturel arabe – باريس عاصمة العروبة

Ustaza rencontre…Georges Morin, président de l’association Coup de Soleil et fondateur du Maghreb des Livres

La culture arabe à Paris ce ne sont pas seulement les artistes, mais également les organisateurs, personnalités passionnées qui travaillent d’arrache-pied pour vous offrir une programmation culturelle de qualité et promouvoir les valeurs d’ouverture et de tolérance qui leur tiennent à coeur. Ustaza a décidé de vous faire découvrir l’envers du décor et de partir à la rencontre de ces femmes et hommes de l’ombre. Après Serge Akl, directeur de l’Office de Tourisme du Liban à Paris, c’est au tour de Georges Morin de présenter le Maghreb des Livres, organisé par l’association « Coup de Soleil » dont il est président. « Coup de soleil » rassemble les « populations originaires du Maghreb et leurs amis », tout en ayant pour objectif de « mettre en lumière les apports multiples du Maghreb et de ses populations à la culture et à la société françaises ». La 21e édition du Maghreb des Livres se tient à l’Hôtel de Ville les 7 et 8 février 2015. 

« Coup de Soleil » fête ses trente ans cette année ; quelles sont les valeurs qui ont animé son action depuis sa création ? 

georges morinL’association « Coup de Soleil » a été créée dans le contexte particulier du début des années 1980 ; le Front National commençait à peser dans l’échiquier politique (municipales de 1983, européennes de 1984), reflétant une montée inquiétante de la xénophobie. Un soir de 1985, nous avons été un groupe de Maghrébins de tous horizons à nous retrouver chez une amie : musulmans, pieds-noirs, Arabes, juifs, Berbères, chrétiens…Quelle qu’était notre origine nous étions tous issus d’un système colonial basé sur le racisme qui avait provoqué notre exil en France. Ne voulant pas revivre ce racisme à grande échelle nous avons passé la nuit à réfléchir à comment lutter contre ce cancer qui menaçait de gangréner la société française. Malgré nos différences nous nous sommes unis autour des valeurs de fraternité et d’ouverture qui nous étaient communes, et avons voulu devenir par l’exemple une force de contagion.

Comment avez-vous diffusé ces valeurs qui vous étaient particulièrement chères ?

Le racisme est un phénomène universel, lié à la peur de ce qui ne nous ressemble pas. A travers les millénaires cependant, l’Homme n’a jamais trouvé meilleure réponse au racisme que l’éducation et la culture. En apprenant à connaître l’autre on découvre une multitude de similitudes avec ce dernier, tandis qu’il est plus aisé de faire passer des messages via la littérature, le cinéma ou la musique qu’à travers des ouvrages universitaires lus seulement par une minorité.

Concrètement, au-delà d’afficher notre unité, nous effectuons constamment des rappels historiques et décortiquons l’actualité pour éviter les amalgames et calmer certaines peurs. Nous promouvons également chaque mois un livre, un film, ou une pièce de théâtre portant sur le Maghreb. Certains se rappelleront peut-être du spectacle que nous avions organisé à l’Olympia en 1991 avec trois humoristes natifs d’Afrique du Nord (Guy Bedos, Smaïn et Michel Boujenah). Hasard de calendrier, la guerre du Golfe a éclaté alors que nous vaquions aux derniers préparatifs. Dans un tel contexte, l’impact du spectacle a été d’autant plus important : même en pleine polarisation des opinions en France, nous prouvions qu’il était possible de se moquer et de rire ensemble.

En parlant de polarisation des opinions et de montée du racisme justement, c’est un euphémisme que dire que la France a connu des jours meilleurs…

La résurgence de l’islamophobie et de l’intolérance consécutive aux événements des 7, 8 et 9 janvier nous a donné l’impression de revenir à zéro. Il y a cependant eu un électrochoc en France dans ses différentes composantes. Le moment est donc venu de prendre des décisions pour combler ces failles dans notre société ; pour parler crûment on a pris un coup sur la patate et on a envie de bouler.

Heureusement l’esprit du 11 janvier a montré que nous sommes unis contre la haine et le rejet face à des illuminés de tous bords qui prônent l’intolérance et la xénophobie. Beaucoup de gens d’horizons différents nous ont exprimé leur solidarité et salué notre détermination à combattre tous les racismes. Fraternité, ouverture et culture sont nos armes, et sont plus nécessaires que jamais. Nous devons les transmettre aux jeunes générations pour leur permettre de prendre le relais.

Dans cette optique, quelles sont vos prochaines actions ? 

Tout d’abord un projet de grande ampleur intitulé « De Cordoue à Palerme, cinq siècles de lumières » qui rend hommage à deux civilisations arabo-musulmane et arabo-normande qui ont su prendre le meilleur des civilisations méditerranéennes pour devenir des modèles de prospérité et de progrès scientifique. Ce projet consistera d’une exposition itinérante de photographies d’Andalousie et de Sicile (présentée au Maghreb des Livres cette année) ainsi de conférences, de films, etc…, le but étant faire connaître ces civilisations hors des cercles universitaires.

Nous travaillons également avec l’Education nationale et le Ministère de la Culture pour sensibiliser à notre message les enseignants et les journalistes qui façonnent l’opinion publique et jouent un rôle très important dans la cohésion sociale.

L’action la plus connue de « Coup de Soleil » reste peut-être encore le Maghreb des Livres, pouvez-vous revenir sur l’histoire de cette manifestation ?

maghreb des livres

Tout a commencé en 1994 lorsque Rachid Mimouni, un grand ami fraîchement exilé à Tanger, m’a demandé pourquoi je ne transformais pas les rencontres littéraires que j’organisais sporadiquement en un événement annuel mettant en valeur toute la production éditoriale sur le Maghreb et les Maghrébins. Nous sommes donc allés ensemble voir le Centre National du Livre qui a adhéré tout de suite à l’idée : le Maghreb des Livres était né, sous une bonne étoile car dès l’ouverture de la première édition Mimouni est apparu bras-dessus bras-dessous avec Mohammed Choukri. Débuter avec d’aussi prestigieux parrains, on ne pouvait rêver mieux !

Le Maghreb des Livres a continué à se développer lorsqu’en mars 2001 Bertrand Delanoë, natif de Tunis et fervent soutien de « Coup de Soleil » depuis le début a été élu Maire de Paris. Dès le mois suivant il m’a proposé d’organiser l’édition 2001 à l’Hôtel de Ville, qui a eu lieu cette année-là en octobre. La police a voulu interdire l’événement à cause du contexte post-11 septembre mais nous avons tenu bon et l’inauguration s’est faite en présence de la Ministre de la Culture de l’époque, Catherine Tasca. Un sacré coup de pouce donc pour l’association !

Pour finir, quelques mots sur la 21e édition qui a lieu ce week-end (les 7 et 8 février 2015) ? 

Tout l’esprit du 11 janvier baignera cette édition : autant en France qu’entre la France et le Maghreb la majorité continue à se battre pour davantage d’ouverture et de solidarité et contre toutes les dérives extrêmes. Contrairement aux craintes de certains, je pense donc qu’il y aura non seulement autant de monde que les années précédentes, mais même plus !

Dans le fond rien n’a changé pour le Maghreb des Livres, consacré cette année aux lettres tunisiennes mais rassemblant autour d’un programme très riche des écrivains marocains, algériens, tunisiens et français.

Pendant cinq ans trois humoristes accueillaient le public (Plantu, Wolinski et Slim) du Maghreb des Livres. Pour ce week-end, sept caricaturistes marocains tunisiens et algériens ont demandé à créer un espace intitulé « Faut rigoler » afin de montrer qu’il est nécessaire et possible de rire encore aujourd’hui.

Concernant le public, celui-ci est très mélangé, à la fois intellectuel et familial. Intellectuels et journalistes côtoient enfants et simples lecteurs. Certains viennent même de l’étranger (Suède, Canada, Italie, Maghreb évidemment) pour l’événement. C’est un peu la plus grande librairie du Maghreb que nous organisons chaque année dans une ambiance magique et amicale. Un pari très épuisant qui nous met sur les rotules, mais qui vaut le coup !

Propos recueillis par Coline Houssais. 

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Un commentaire sur “Ustaza rencontre…Georges Morin, président de l’association Coup de Soleil et fondateur du Maghreb des Livres

  1. CHABANE Saïd
    7 février 2015

    Monsieur Georges MORIN vous êtes un grand homme parfait selon la définition philosophique. Je viens de créer, à l’âge de 64 ans, mon association ESPOIR car j’ai pris conscience du danger que la fracture sociale causée par l’émergence visible et audible de préjugé discriminant envers des citoyens français constitue un risque majeur de l’effondrement de l’assise républicaine.
    Je viens de m’apercevoir que mon initiative qui est une démarche d’un retraité de la fonction publique une simple lueur d’espoir par rapport à votre création qui est une scintillante étoile du berger.
    Merci d’exister

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Cette entrée a été publiée le 6 février 2015 par dans Interview, Magazine, et est taguée , , , , , , .
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