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L’Office de Tourisme du Liban à Paris franchit le cap de la cinquantaine avec succès.

 Quiconque passait devant les salons feutrés de la Maison des Polytechniciens (VIIe) jeudi 4 décembre dernier aurait juré avoir entendu de la debkeh ou du qanoun. Et pour cause, l’Office de Tourisme du Liban à Paris lançait ce jour là les festivités du cinquantenaire de sa création qui débuteront officiellement en 2015.

Le Ministre du Tourisme Michel Pharaon, venu à Paris pour l’occasion, a tenu à souligner le travail accompli par l’OTL, indiquant par ailleurs la nouvelle dynamique qu’entend créer le pays du Cèdre en matière de tourisme en Europe.

Une place particulière dans les relations franco-libanaises

Serge Akl, directeur de l’OTL (retrouvez son portrait par UAP ici) est ainsi revenu sur les actions marquantes de ces dernières décennies et de l’inscription durable de l’OTL dans la vie culturelle arabo-parisienne depuis le début des années 1960.

La situation tant en France qu’au Liban est alors bien différente de celle d’aujourd’hui. En Europe, les Trente Glorieuses entrainent loisirs pour tous et consommation de masse, démocratisant ainsi le tourisme réservé jusqu’à présent à une minorité. Les avancées techniques en matière de transport aérien permettent en outre aux nouvelles classes moyennes de s’évader vers des contrées ensoleillées à un prix abordable.

A la même époque, le Liban fraîchement indépendant est l’un des fers de lance de la modernisation du Moyen-Orient, cultivant des liens privilégiés avec l’Occident tout en conservant une identité propre. Son patrimoine, ses paysages et son art de vivre séduisent les visiteurs étrangers de plus en plus nombreux. Son emplacement géographique enfin, sur la rive est de la Méditerranée en fait une destination à la fois exotique et familière. Les cossus hôtels de Beyrouth, centre touristique, culturel et politique, voient alors défiler badauds en voyage de plaisance, artistes du monde entier mais aussi personnalités politiques et espions de tous blocs : c’est l’époque de Bardot à Byblos, de Truffaut à Beyrouth, une dolce vita à l’orientale dont l’arrêt brutal, la guerre civile débutant, l’a assimilé à un âge d’or qui hante encore les esprits.

Pas moins d’1,3 million d’étrangers (arabes et occidentaux) visitent le Liban en 1972 (soit plus de la moitié de la population libanaise cette même année), ce qui en fait la première destination touristique au Moyen-Orient, bien devant la Syrie (800 000 visiteurs), l’Egypte (350 000 visiteurs), et la Jordanie (300 000). Un touriste étranger sur deux dans la région se rend dans le Pays du Cèdre (source OMT), alimentant le pays en devises étrangères (130 millions $ pour le Liban –dont la moitié provenant de touristes, hommes d’affaires et étudiants arabes-, contre 65 millions $ pour l’Egypte, 30 millions $ pour la Syrie et 12 millions $ pour la Jordanie).

Devant le poids économique que représente le tourisme –notamment français- au Liban, le Conseil national du tourisme (créé par le Président Fouad Chehab en 1962 avec à sa tête Charles Helou) ouvre en 1965 un bureau d’information touristique dans le premier arrondissement de Paris. La visite d’Etat en France du Président Charles Helou en mai 1965 témoigne de l’intérêt des plus hautes autorités libanaises pour le développement du tourisme : une campagne de publicité est menée avec les grandes agences de voyage parisiennes, qui installent des vitrines aux couleurs du Liban.

Deux ans plus tard, en mai 1967 un véritable office du tourisme à proprement parler ouvre ses portes dans les locaux qu’il occupe aujourd’hui encore au 124 rue du Faubourg Saint-Honoré. Des festivités d’envergure rassemblent à la fois badauds massés devant une scène installée en pleine rue (fermée à la circulation pour l’occasion), officiels français, libanais et personnalités des deux pays (dont Alya Solh, May Arida, Maurice Chevalier ou encore France Gall).

Avec le début de la guerre en 1975, une politique de promotion culturelle prend le pas sur la traditionnelle participation aux salons de tourisme et l’organisation de voyages de presse : à défaut d’inciter les touristes à venir au Liban, il s’agit de proposer une image alternative du pays, grâce à sa culture et à son art de vivre. Signatures de livres, vernissages, dégustation de produits du terroir, spectacles s’enchainent, parallèlement à une activité de soutien humanitaire aux victimes de la guerre et aux immigrés libanais venus se réfugier en France. C’est l’époque également de la création des grandes associations franco-libanaises qui jouent encore un rôle important dans l’animation de la vie locale et diasporique.

Une nouvelle dynamique sur le plan du tourisme

De tous les Offices de tourisme du Liban ouverts en Amérique du Nord, en Europe et dans le monde arabe, seul celui de Paris a survécu aux soubresauts de l’actualité et des politiques gouvernementales. Loin d’apparaître comme un acteur vieillissant, l’OTL a su se renouveler constamment (voir article sur le sujet dans UAP) et s’inscrit à la proue du nouveau dispositif de promotion touristique du Liban insufflé par le Ministre du Tourisme.

Celui-ci a en effet annoncé lors du dîner du cinquantenaire qu’à compter du 1er janvier 2015 l’OTL à Paris pilotera l’action de promotion de son Ministère pour l’Europe en s’appuyant sur le réseau des ambassades du Liban présentes dans la zone. Sont ainsi envisagées la participation aux grands événements de l’industrie européenne du tourisme ainsi que l’organisation de voyages de presse pour journalistes anglais, allemands, espagnols et italiens.

Une telle politique est nécessaire si le Liban veut retrouver la place dont il jouissait avant le début de la guerre en Syrie. Il s’agit en effet de consolider les acquis obtenus au fil des années –notamment la promotion d’une image positive durable auprès des médias- tout en développant de nouveaux secteurs. La politique lancée en février 2014 par le Ministère semble d’ores et déjà porter ses fruits : au cours de l’été 2014 le nombre de visiteurs a été de 25% supérieur à celui enregistré sur la même période en 2013.

En parallèle, les pays voisins arabes, qui n’arrivaient à rivaliser avec le Liban en terme de capacité d’accueil haut de gamme dans les années 1970 se sont dotés d’infrastructures hôtelières et aériennes aux standards internationaux à des prix souvent moins élevés qu’au Liban. Le marché est ainsi devenu plus compétitif, et chacun a développé une stratégie de captation des flux touristiques dans la région : la Syrie –jusqu’en 2011 évidemment- et la Jordanie ont joué avec succès la carte du tourisme culturel ou estival (balnéaire pour la Jordanie, montagnard pour la Syrie), tandis que la Mer Rouge égyptienne, Chypre et la côte méditerranéenne de la Turquie ont raflé les millions du tourisme de masse. De son côté, le Liban apparaît davantage comme une destination d’initiés.

Si le gouvernement d’union actuel s’attelle à consolider la sécurité sur le territoire libanais et à assainir les conflits politiques internes, la situation politique et sécuritaire ne connait pas encore d’amélioration nette et pérenne. Cependant, le Ministre Pharaon a d’ores et déjà dévoilé deux initiatives touristiques alternatives susceptible d’aider le Liban a redevenir une puissance dans le secteur. La première concerne la promotion du tourisme rural durable, qui souligne la qualité de vie à la campagne et la beauté des paysages de montagne tout en mettant l’accent sur les produits du terroir et les traditions locales. Une croissance du tourisme dans des zones parfois mises à l’écart des politiques de développement permettrait de redynamiser le tissu économique et social local, et par là-même contribuer à une meilleure stabilité de ces régions.

La seconde concerne la participation active du Liban dans la déclinaison touristique de la « route phénicienne » pendant méditerranéen à la « route de la soie ». L’un des trente itinéraires culturels reconnu par le Conseil de l’Europe (en 2003), la route phénicienne reprend les grandes routes maritimes commerciales et culturelles empruntées par les Phéniciens à partir du XIIIe siècle av. J.-C.. «Modèle d’interculturalité », elle s’étend sur trois continents, 18 pays et 80 villes.

Mozia, Palerme, Solunto, Selinonte, Cagliari, Nora, Sulky, Tharros, Cadix, Málaga, Ibiza, Tasos, Crete, Rhodes, Cartagene, Barcelone, Perpignan, Tuoro, Byblos, Tyr, Saida…malgré les dissensions de l’Histoire, ces villes partagent un héritage commun susceptible de représenter une base pour un nouveau vivre ensemble.

 carte

Si la route phénicienne s’appuie d’ores et déjà sur un réseau de sites archéologiques, ethno-anthropologiques, culturels et naturels, le développement d’un circuit touristique calqué sur cette dernière permettrait d’insuffler un nouveau dynamisme à cette initiative et de renforcer une approche réelle et quotidienne des relations méditerranéennes par les populations concernées.

Le projet fait actuellement l’objet de discussions entre l’Organisation Mondiale du Tourisme et le Ministère libanais du Tourisme auxquelles est associée l’UNESCO…dans le même temps, l’OTL continue de porter la politique touristique du Liban en France, dont l’année du cinquantenaire en 2015 donnera lieu à de multiples manifestations. Sont d’ores et déjà annoncées la tenue de Photomed à Sanary-sur-Mer (du 28 mai au 21 juin) où sera exposée une partie des archives photographiques du Ministère du Tourisme ainsi que d’une troisième édition de Rising Beirut en juin. Pour le reste, rendez-vous sur le site d’Ustaza à Paris évidemment !

rising beirut

Crédits photos : Office du Tourisme du Liban à Paris. Tous droits réservés. 

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