Ustaza à Paris

L'Agenda culturel arabe – باريس عاصمة العروبة

Ustaza vous raconte…l’exposition « Le Maroc Contemporain » à l’IMA

« L’exposition la plus importante jamais consacrée en France au Royaume chérifien », « l’une des plus vastes expositions qui aient été vouées en France à la scène artistique contemporaine d’un pays étranger »…les organisateurs n’ont pas manqué de superlatifs pour décrire l’exposition « Le Maroc Contemporain » qui s’est ouverte le 15 octobre jusqu’au 25 janvier 2015. Il est vrai en effet que l’événement est exceptionnel, à la fois par le nombre d’artistes représentés et de manifestations associées que par les synergies qui ont été mises en place à l’occasion entre les différentes institutions culturelles parisiennes (le Louvre, l’Institut des Cultures d’Islam, la Gaité Lyrique, le Centquatre, et le Théâtre de la Ville).

C’est à une visite dans ses entrailles que l’IMA nous convie (quasiment tous les espaces publics ont été mis à contribution), grâce à un parcours qui nous fait passer des étages supérieurs aux tréfonds du bâtiment. La scénographie, intime et aérée à la fois est particulièrement réussie. Elle permet de déambuler et d’apprécier à son rythme l’ensemble hétéroclite et important d’oeuvres : certaines oeuvres placées face à-face ne deviennent alors que les déclinaisons d’un même thème (notons notamment le triptyque de circonstances « Equilibre à la Kaaba » de Mehdi Georges Lahlou, « Quadrature du cercle » de Saïd Afifi et « Casse-tête pour musulman modéré » Mounir Fatmi). D’autres a contrario se font écho au gré des salles, comme les théières dégoulinantes de Hicham El Madi, dont les lamelles sont reprises par la mamelle cuivrée de Farid Belkahia (le doyen de l’art contemporain marocain, décédé le 25 septembre dernier à l’âge de 80 ans), elle-même déclinée à travers les seins moulés de Mohamed Mourabiti. Le passage d’une salle à l’autre est sporadiquement ponctué de salles de lectures qui permettent d’apprécier une autre composante de l’art contemporain marocain : le design, d’échanger avec les artistes ou professionnels présents et de visionner une multitude de vidéos (reportages, interviews et installations) mises à disposition du public.

Les initiateurs marocains et français de l’événement ont voulu rendre hommage à la diversité de la culture marocaine (arts plastiques, design, architecture, cinéma, musique, danse, théâtre, littérature, métiers d’art, art de vivre, mode) et de ses « composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie (…) nourrie (…) de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen » -je rajouterai également européenne, de part l’histoire entre les deux rives de la Méditerranée et les trajectoires personnels des artistes-, ainsi que le prône fièrement le préambule de la nouvelle constitution du royaume. L’ exposition monumentale est organisée autour d’une douzaine de thématiques, qui sont autant d’injonctions lancées au visiteur : fantasmer (sur le Maroc et ses disparités), déchiffrer (des images ambiguës), organiser/détruire/combiner, traduire, émigrer, interroger (les conventions), réinventer (la mode), bâtir (une architecture), questionner (les croyances, le soufisme), réagir (aux printemps arabes), tisser (le fil de la vie). A cela s’ajoutent des focus, sur les pionniers des années 1960 (Mohammed Melehi, Farid Belkahia, Abdelkebir Rabi’, Khalil El Ghrib) ou sur des artistes plus contemporains (les installations colorées de Faouzi Laatiris, la statuesque et épineuse « Lilith » de Yamou).

Difficile de couvrir en quelques lignes la richesse et la diversité des oeuvres présentées. Notons notamment la suite de la série « Ane Situ » (qui rappellera des souvenirs à ceux qui sont allés à l’exposition « Maroc Arts d’Identités » à l’ICI), ainsi que les beaux portraits en noir et blanc d’écoliers de Hicham Benohoud, les dessins politiques et les compositions papier bovariennes de André Elbaz, les montages photo délirants, surprenants, fantaisistes et poétiques de Merji, le travail à la fois rupestre et très moderne, inspiré tantôt de dessins berbères tantôt de motifs de henné de Farid Belkahia, mais aussi les oeuvres vibrantes et colorées de Mohamed Melehi, le bestiaire fabuleux de Mohamed Tabbal, les cellules en dentelles de Yasmina Ziyat, les araignées déferlantes de Abdellatif Ilkem, ou encore le travail sur métal humoristique et acerbe de Batoul Shimi (« Monde arabe sous pression » notamment), -les tirages noir et blanc striés de flou de Noureddine Tisalghani, l’art tribal de Mohamed Zoufaf, les pérégrinations entre Etats-Unis et Japon de Touhami Ennadre, « Harragas, les crucifiés du désespoir » de Abderrazak Benyakhlef, « Hommage à Ibn Arabi » de Noureddine Daifallah, le jeu de « ronda » (jeu de cartes espagnol très populaire dans le nord du Maroc) de Mohamed El Baz ou encore la série « Reconstitutions » de Randa Maroufi.

La préparation de l’exposition -et notamment la sélection des artistes- a suscité un certain nombre de polémiques. Il semble inévitable qu’un événement de cette ampleur attise les convoitises et suscite les jalousies. « Le Maroc Contemporain » est une exposition réussie et agréable à parcourir : les oeuvres sont vivantes, de qualité, « parlent », et sont mises en valeur tout au long de l’exposition. Milles facettes du Maroc sont présentées par des créateurs « qui ne se connaissent pas pour la plupart », et dont « les oeuvres se parlent, font du bruit, laissent des traces et des échos ; certaines tournent le dos à d’autres, mais toutes tissent une toile miraculeuse » (Tahar Ben Jelloun, extrait du catalogue). Cependant toutes ou presque concourent à une vision esthétisée, sublimée, voire fantasmée d’un Maroc relaxé et satisfait de lui-même. S’il s’agit d’une mosaïque vibrante et infinie en apparence de la création plastique contemporaine marocaine vue par très jeunes, jeunes, moins jeunes, hommes, femmes, berbères, juifs, arabes, sahraouis, franco-marocains, de Guelmin, de Tanger, de Beni Mellal, de Casablanca, de Marrakech ou de Oudja avec peinture, pneu, plastique, pinceaux, fils, photos, dessins, l’exposition semble passer à côté d’un autre Maroc, celui des étendues désolées et des rues désertées les soirs de pluie, du poids de la famille ou de ceux qui vivent en marge de la société. Les arts plastiques ne sont pas les seuls à devoir aborder ces problématiques, et les conférences, films et spectacles organisés en parallèle de l’exposition les prochaines semaines permettront certainement d’offrir une image plus complète et réaliste du Maroc d’aujourd’hui (à suivre sur Ustaza à Paris bien entendu !).

Focus sur : Le parcours « jeune public », par Amal Benhagoug, chargée de la presse jeunesse.

parcours jeune ima« D’habitude, l’IMA édite un livret pour chaque exposition à destination des groupes scolaires. Nous proposons à l’occasion du « Maroc Contemporain » un parcours-jeu guidé spécialement conçu pour le jeune public. Ce format innovant s’inscrit dans notre effort de médiation culturelle vis-à-vis des jeunes générations, et a vocation à devenir une constante de nos expositions. Contrairement à d’autres expositions à composante patrimoniale ou sociologique, l’art contemporain parle aux enfants car il fait appel davantage au ressenti face à l’oeuvre, et ne nécessite pas d’outils d’analyse particuliers pour une première lecture. Dans ce livret nous proposons un focus sur les benjamins de l’exposition (la plus jeune a 18 ans, beaucoup d’entre eux ont une vingtaine d’année) à qui nous avons demandé ce que représentait pour eux le processus créatif ».

driss rahhaoui

Rencontre de couloir : Originaire de Jerrada, ville minière à la frontière algéro-marocaine, Driss Rahhaoui a voulu rendre hommage au charbon, le premier or noir qui a tué les pères (dont le sien) comme il a fait vivre leurs familles. A travers installations et tableaux, l’artiste décline le minerai, à la fois matériau et sujet d’inspiration, et tisse des ponts avec d’autres villes à l’horizon parsemé de terrils, comme Lille par exemple. Exposée à l’IMA, une grande tablée que l’on imaginerait aisément dans un intérieur cossu attend ses invités, verres et assiettes rempli d’anthracite. Marquant le contraste, elle rappelle l’origine de certaines fortunes, et le décalage entre le luxe affiché et les conditions de vie des mineurs.

L’avis d’Ustaza : à voir, pour la qualité esthétique des oeuvres surtout. Exposition jusqu’au 25 janvier,  tarif entre 12,30 et 14,80 €. Réservation en ligne ici.

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