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Rabih Mroué : Actes I, II, III et IV

THEATRE. DU 6 AU 16 OCTOBRE A 19h30. THEATRE DE LA BASTILLE. 14/17/24 €. Rabih Mroué est un artiste des frontières. Le théâtre est son lieu, autant que la performance, les installations, la vidéo et l’univers des images. S’il se tient à la croisée des genres, s’il propose une forme de théâtre élargi, c’est sans doute qu’il ne croit pas que les choses soient si violemment séparées : dans son monde, la fiction et la réalité se confondent, les souvenirs deviennent vivants, les images sont parfois plus vraies que la vérité. Dans son monde, le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé. En 1990, la guerre civile libanaise s’achevait officiellement. Rabih Mroué avait 23 ans. En 1991, une loi d’amnistie générale effaçait tous les crimes passés. Sans doute, cette loi était-elle nécessaire, mais on comprend que cette incitation nationale à oublier puisse donner, au contraire, furieusement envie de se souvenir. L’œuvre de Rabih Mroué interroge avec constance quelle mémoire est possible, de quels outils nous disposons aujourd’hui pour la (re)constituer – d’où son goût des images et des technologies de l’enregistrement. Surtout Rabih Mroué, comme d’autres artistes de sa génération, se demande quel usage politique les artistes libanais peuvent faire de cette mémoire qu’ils créent ou recréent (Stéphane Bouquet).

rabih mroué

Riding on a Cloud (au Théâtre de la Cité Internationale du 6 au 11 octobre, 20h, à l’exception de jeudi 9 octobre -19h-. Relâche mercredi 8 octobre)

Les images : l’une apparaît, l’autre disparaît. La plupart du temps, l’homme ne comprend pas le lien entre une image et la suivante. Il a besoin que quelqu’un lui parle et mette l’image en mouvement. Quand les souvenirs sont figés comme des images arrêtées, comment la mémoire peut-elle fonctionner ? Le titre de cette émouvante et autobiographique pièce « familiale » est empruntée à un recueil de Yasser Mroué, le frère de Rabih. Yasser y parle des événements qui ont transformé, bien malgré lui, sa vie et ses rêves.  Rabih, quant à lui,  tente de déconstruire une série de récits relatifs à la guerre afin de montrer combien les perceptions collectives et les discours établis nous leurrent et se leurrent.

Pixelated Revolution (14 octobre, 19h30)

Une conférence non-académique de et par Rabih Mroué (2012) traduction en anglais Ziad Nawfal.

« Les Syriens filment leur propre mort ». C’est ainsi que commence la Révolution pixellisée, conférence hors norme qui a des airs de performance. Ayant collecté sur internet des centaines de photos et de vidéos où des manifestants filment la répression, la violence et la mort, Rabih Mroué les regarde, les commente, les interprète, les construit et les déconstruit. S’interrogeant sur le rôle des téléphones portables dans les révolutions contemporaines, LA RÉVOLUTION PIXELLISÉE propose un parallèle étrange, et non dénué d’humour macabre, entre ce nouveau phénomène visuel et politique et les règles du Dogme proposées par des cinéastes danois il y a vingt ans. « Il est mieux de tourner en décor réel. Il n’est pas recommandé d’apporter accessoires ou éléments de décor. »

The Inhabitants of Images (15 octobre, 19h30)

Une conférence non-académique de et par Rabih Mroué (2008) traduction en anglais Ziad Nawfal

Dans l’image qui ouvre cette conférence peu académique de Rabih Mroué, le président Nasser rencontre le premier ministre libanais Rafik Hariri. Il n’est pas besoin d’être très fort en histoire pour savoir que cette rencontre anachronique n’eut jamais lieu. Par ce photo-montage, que d’autres suivront, Rabih Mroué efface, comme si souvent dans son travail, la frontière entre passé et présent. Il faut dire qu’à Beyrouth, où des affiches de visages plus ou moins anciens fleurissent sur tous les murs, dans cette ville hantée de fantômes immobiles, cette distinction a moins de sens. Après tout les émotions que suscite la photo de quelqu’un mort depuis longtemps ne sont-elles pas réelles ? C’est une des questions poignantes que pose Les habitants des images : qu’est-ce que vivre avec et au milieu des images de morts ?

On Three Posters (16 octobre, 19h30)

Une conférence non-académique de et par Rabih Mroué (2004) traduction en anglais Mona Abou Rayyan

En 2000, Rabih Mroué et le romancier Elias Khoury réalisent TROIS POSTERS, une performance vidéo qui dialoguait avec une autre vidéo, souvent diffusée à la télévision libanaise, où le combattant du Front national de la résistance libanaise, Jamal al-Sati, annonçait son martyr. C’était une façon pour les deux artistes de réfléchir au statut de ces promotions, par vidéo interposée, des suicides politiques, ou de ces affiches qui vantaient, au quatre coins des rues, la mémoire des martyrs. Aujourd’hui, Rabih Mroué revient, par le biais d’une conférence, sur cette performance où il jouait lui même al-Sati pour essayer de comprendre deux ou trois choses qui le préoccupent : qu’est-ce qu’une image de soi ? quel est le rôle de la fiction ? de quelle façon les artistes libanais ont-ils pris acte des traumatismes vécus par leur pays ?

L’avis d’Ustaza : à grands renforts de vidéo, le travail de Rabih Mroué interroge inlassablement sur un travail de mémoire collectif douloureux mais nécessaire, hélas trop souvent occulté. Séance de rattrapage dimanche 18 octobre à 17h avec les trois pièces à la suite. Réservations et complément d’information ici

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